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« Le très cher ami d’Israël »

Par Jacques Attali

Proche conseiller et ami de François Mitterrand, Jacques Attali s’est exprimé une seule fois
sur les relations du Président avec Israël et le judaïsme, en novembre 1999. Dans ce discours, il explique notamment comment le chef de l’Etat a rééquilibré « notre politique au Moyen-Orient, dans un sens plus favorable à Israël. » Morceaux choisis.

François Mitterrand lors de son discours à la Knesset le 5 mars 1982

« Le 5 juin 1981, dès son arrivée au pouvoir et malgré son opposition à la politique du gouvernement israélien de l’époque, (François Mitterrand) annula la honteuse directive du 5 mai 1980 par laquelle la France acceptait de se soumettre au boycott arabe. Quelques jours plus tard, au premier sommet européen auquel il participa, à Luxembourg, il écarta l’absurde déclaration d’un sommet précédent condamnant toutes les négociations bilatérales entre Israël et ses voisins, en particulier celles de Camp David. Dès le début de son premier mandat, il eut le courage de revendiquer son soutien à l’existence d’Israël devant tous les chefs d’Etat arabes qu’il rencontra. Sans le moindre double langage. Le 13 juin 1981, il expliqua au roi Khaled, son premier hôte arabe, qu’« Israël a le droit à l’existence dans des frontières sûres et garanties », tout en se déclarant prêt à « reconnaître l’aspiration du peuple palestinien à une patrie. » Il ne bougea pas de cette position, alors iconoclaste en France et aujourd’hui acceptée par les « faucons » des deux camps. (…) Begin ne s’y trompa pas qui, dès ses premières lettres, l’appela « le très cher ami d’Israël. » Et, même lorsque le Premier ministre choqua, à Paris, en déclarant que la France ferait mieux de s’occuper de la Corse que d’Israël, François Mitterrand le défendit (…)


Dès le début de son premier mandat,
il eut le courage de revendiquer
son soutien à l’existence d’Israël
devant tous les chefs d’Etat arabes


Dans son discours à la Knesset du 5 mars 1982, il heurta par des formules devenues depuis des évidences : « Comment l’OLP, par exemple, qui parle au nom des combattants, peut-elle espérer s’asseoir à la table des négociations tant qu’elle déniera le principal à lsraël, qui est le droit d’exister et les moyens de la sécurité ? Le dialogue suppose que chaque partie puisse aller jusqu’au bout de son droit, ce qui, pour les Palestiniens comme pour les autres, peut, le moment venu, signifier un Etat. » Tout est dit. Le 27 novembre 1984, à Damas, il répéta au président syrien, Hafez el-Assad : « La France a de bonnes relations avec Israël, ce qui ne veut pas dire qu’elle approuve toutes les actions entreprises par ce pays. » Enfin, et surtout, en mai 1989, dans une rencontre très émouvante avec Yasser Arafat (…), il expliqua : « en 1947, nous avons reconnu l’Etat d’Israël et nous sommes restés fidèles à cela. (...) La réalité politique est que nous avons reconnu un Etat, et pas nécessairement sa politique. Cet Etat existe. C’est en 1982 que je suis allé en Israël. Les Israéliens n’ont pas écouté ce que je disais, ils ne voyaient que l’image. Les Arabes aussi. Alors que j’ai dit en Israël que les Palestiniens ont droit à une patrie. (…) Israël doit sentir à la fois que la France est très vigilante pour sa sécurité et qu’elle reconnaît le droit des Palestiniens, peuple exilé, à revenir sur leur sol. »


Il obtint d’Arafat qu’il déclare enfin
caduque la charte de l’OLP


Et il obtint du président de l’OLP qu’il déclare enfin « caduque » sa Charte, ouvrant ainsi la porte aux négociations de Madrid et aux accords d’Oslo. Il ira même jusqu’à m’expliquer (…) que, s’il avait été Israélien, il n’aurait renoncé ni à la Judée, ni à la Samarie, ni à Jérusalem. « Le drame, murmurait-il souvent en privé, c’est qu’Israël est en Palestine et la Palestine en Israël… »
Il n’accorda évidemment pas un soutien inconditionnel à Israël. Cela n’eût pas été dans l’intérêt de la France. A cette époque (…), il tenta de garder une distance équivalente avec les deux camps et réussit à conserver une confiance égale des uns et des autres. (…)
Sans doute est-il le chef d’Etat occidental qui comprit le plus vite les conditions ultimes de la paix, donnant ainsi à la France les meilleurs atouts pour l’avenir dans la région. Il pensait, et je pense encore, qu’il est de l’intérêt d’Israël de voir naître à ses côtés un Etat palestinien libre, pacifique et démocratique, avec lequel construire un avenir commun. Evidemment, tout cela ne pouvait satisfaire ceux qui pensent que quiconque n’approuve pas la politique du gouvernement d’Israël, quel qu’il soit, est nécessairement antisémite. »

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