L’Intifada
des campus
L’Université
ParisX-Nanterre est devenue le théâtre d’affrontements
entre l’UEJF et l’AGEN, un autre syndicat
étudiant, sur la question d’Israël.
Au fil du temps, le conflit a quitté le terrain
du débat politique pour devenir passionnel.
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Un
panneau de l’AGEN dans les
couloirs de Nanterre |
Deux camps retranchés à
quelques mètres d'écart. Au bâtiment
D s'achève l'assemblée générale
du collectif anti-guerre. Des syndicats étudiants,
l'AGEN (Association générale des étudiants
de Nanterre) en tête, fignolent leur mouvement de
protestation contre la guerre en Irak. Au bâtiment
B commence un colloque prévu de longue date par
l'UEJF. Invité d'honneur : Elie Barnavi, ancien
ambassadeur d'Israël en France.
A l'entrée, il faut montrer patte blanche aux vigiles.
Seuls ceux munis d'une carte d'étudiant sont autorisés
à franchir les portes ; les sacs sont fouillés.
Six hommes en uniforme bleu sont postés à
l'avant et à l'arrière de l'édifice.
Des mesures de sécurité prises par l'université.
« Nous mettons en place ce dispositif chaque fois
qu'une conférence de ce type est organisée
dans les locaux. Certains sujets ne font pas l'unanimité
et le contexte d'aujourd'hui n’est pas sans risques
», explique Jean-Luc Puichard-Chaudot, adjoint du
responsable à la sécurité.
Un
conflit quotidien
Le collectif anti-guerre s'avance vers le bâtiment
B. A bout de bras, des banderoles confectionnées
par les étudiants « Non à la guerre
en Irak ! » et des drapeaux palestiniens. Les slogans
fusent : « Israël, t'es foutu. L'Intifada continue
», « Et à Gaza, et en Cisjordanie,
démantèlement de toutes les colonies. »
Le ton monte, les portes se ferment. Venu pour le colloque,
un retardataire est alpagué. Ahuri, il hurle :
« T’es pour la paix en Irak ? Moi aussi, quel
rapport avec le sionisme ? » « Les sionistes,
c'est des racistes », lui rétorque quelqu'un.
Un incident parmi d'autres, qui illustre un conflit quotidien
opposant l'UEJF à l'AGEN, deuxième syndicat
étudiant sur la fac. Paris X a toujours été
à la pointe de toutes les luttes de la gauche.
Conférences et cortèges sur des thèmes
d'actualité s’y succèdent. Les étudiants
qui entrent en trombe dans un amphi pour demander à
l'assistance de faire grève ou d'aller manifester
font partie du quotidien. Mais cette fois, le conflit
qui oppose ouvertement les deux syndicats étudiants
depuis le déclenchement de la deuxième Intifada,
a franchi les limites du débat politique pour virer
au passionnel.
Etat
de guerre
Aux affrontements par affiches et conférences interposées
s'ajoutent des échanges de mots acides. «
À la Journée de la Terre organisée
l'année dernière par l'AGEN, on a entendu
des gens crier « mort aux Juifs », raconte
Benjamin Cymerman, ancien président de l'UEJF-Nanterre.
Benjamin Seletzki, également membre de l'UEJF,
a récemment porté plainte parce qu'un militant
de l'AGEN aurait tenu à son encontre des propos
antisémites dans un couloir. Romain Heurtault,
porte-parole de l'AGEN, balaie toute accusation d'antisémitisme.
Certes, l'AGEN est antisioniste. Mais si elle embrasse
la cause palestinienne, c'est, dit-il, parce qu'elle est
par principe et historiquement « contre toute forme
de colonisation et pour la solidarité internationale.
» « L'UEJF cherche à mettre en scène
une pseudo guerre communautaire en créant l'amalgame
entre antisionisme et antisémitisme , dénonce-t-il.
D'une association regroupant des étudiants juifs,
l'UEJF est devenue une association qui défend la
politique du gouvernement Sharon. C'est une aberration
totale. »
A la guerre des mots s'ajoute celle des actes. Le 13 novembre
dernier, l'AGEN tient un stand « sur la Palestine
» juste devant le local de l'UEJF. Pile au moment
où le bureau est ouvert. Provocation ? Dans l'après-midi,
un membre du personnel administratif est tabassé
par deux hommes. La victime est arabe et porte la barbe.
Pour l'AGEN, pas de doute, les agresseurs appartiennent
au Betar, mouvement proche de la droite nationaliste israélienne,
connu pour ses actions musclées. Et s'ils sont
venus à la fac, c'est sur appel d'un membre de
l'UEJF. Qui dément fermement.
Autre acte, symbolique cette fois et sans rapport avec
Israël : en décembre 2001 une conférence
sur la Shoah prévue par l'UEJF est annulée
par la fac, sur les injonctions de la préfecture
et des Renseignements généraux. L’AGEN
refusait la présence dans la fac d'Arno Klarsfeld.
André Legrand, alors président de l'université,
condamnait les pressions exercées par l’AGEN
dans son éditorial du journal interne : «
tolérance, débat contradictoire, libre examen,
recherche de la vérité et non [pas] propagande,
prosélytisme et pressions inadmissibles sur les
esprits….. C'est là que se trouve l'essence
de l'institution universitaire. »
Isabelle Raymond
isaray5@hotmail.com