Nissim
Zvili :
« Un courant très minoritaire
nie la légitimité de l’Etat d’Israël
»
L’ambassadeur
d’Israël en France, membre du parti travailliste,
s’attache à distinguer une extrême
gauche antisioniste, voire antisémite, du reste
de la gauche française.
Estimez vous qu’aujourd’hui
il y a un divorce entre la gauche française et
Israël ?
Je ne suis pas arrivé à cette conclusion,
mais il n’y a pas suffisamment de dialogue. Je viens
de rencontrer les présidents du groupe socialiste
à l’Assemblée, au Sénat, le
premier secrétaire du parti : au niveau des dirigeants
du PS, il y a une critique très profonde des bases
du gouvernement Sharon, mais ils veulent distinguer le
gouvernement du peuple israélien. Certains disent
que l’opinion publique française est devenue
très pro-palestinienne, ce qui n’induit pas
une approche anti-israélienne, mais ce qui est
parfois le cas.
Est-ce que les leaders
politiques de gauche ne contribuent pas à construire
cette opinion ?
Je crois que l’échec des dernières
élections a montré un détachement
entre les leaders et le terrain. Tout cela sera plus clair
après le congrès de Dijon. Mais ce qui nous
inquiète vraiment, c’est un courant, très
minoritaire dans la gauche, qui nie la légitimité
de l’existence de l’Etat d’Israël.
On peut accepter la critique d’un gouvernement,
mais personne n’a le droit de mettre en cause l’existence
d’Israël.
Les idées
de ce courant n’atteignent-elles pas aussi une partie
de la gauche plus modérée comme les Verts,
les communistes…
(Il interrompt) Non, c’est une intelligentsia de
la gauche, un courant qui n’existait pas auparavant.
Mais n’êtes
vous pas étonné par la mollesse des réactions
lors des actes antisémites, comme lorsque des jeunes
de l’Hashomer sont tabassés lors d’une
manifestation contre l’Irak ?
Un citoyen juif français ne pouvait pas participer
à ces manifestations. Ce n’était pas
seulement contre la guerre, c’était contre
les Israéliens, Bush, l’Amérique…
Ce n’était pas une gauche cohérente.
Et les dirigeants de la gauche ne peuvent pas participer
à une manifestation où une Magen David est
associée à une croix gammée. Il n’est
pas non plus possible qu’ils réagissent toujours
en retard lors des agressions. Mais la situation s’est
un peu éclairée depuis. Les dirigeants du
Crif ont rencontré les dirigeants de la gauche,
qui ont compris que c’était une erreur. Mais
le manque d’attention des dirigeants à ces
événements est grave. Et aujourd’hui,
il n’y a presque plus de Juifs qui soient prêts
à apporter leur soutien à la gauche.
Au point qu’une
porte-parole des Verts est remise en cause quand elle
propose de défiler avec des drapeaux israélien
et palestinien.
Dans tout parti, il y a des gens extrêmes. Et dans
tout parti, on peut avoir un débat. Mais comme
pour François Zimeray, on ne peut pas menacer d’exclure
quelqu’un parce qu’il soutient Israël.
Ce sont des méthodes bolcheviques. Mais s’il
y a des extrémistes qui parlent fort, ce n’est
pas pour autant la nouvelle plate-forme politique d’un
parti.
L’extrême
gauche cherche
toujours un nouveau
combat, et en ce moment,
c’est Israël.
Comment expliquez
vous l’apparition de ce courant extrême ?
C’est un mouvement qui est apparu après la
grande déception de l’application des accords
d’Oslo. Un mouvement qui juge Israël responsable
de cet échec alors que ce n’est pas du tout
le cas. Je ne me rappelle pas une attitude pareille dans
le passé. L’extrême gauche cherche
toujours un nouveau drapeau, un nouveau combat, et en
ce moment la mode, c’est Israël. Je me demande
ce qui provoque cette attitude alors qu’une majorité
d’Israéliens se déclarent favorables
à la création d’un Etat palestinien,
tout comme Sharon, qui représente la droite israélienne.
Les Israéliens
sont-ils préoccupés par cette situation
en France ?
La population israélienne est consciente de l’antisémitisme
en France.
Beaucoup de gens ont des liens familiaux avec la France.
Et quand on parle de ses sources, on évoque trois
raisons. L’antisémitisme d’extrême
droite, toujours existant. L’importation du conflit
israélo-palestinien qui conduit à des actes
antisémites généralement commis par
de jeunes Maghrébins. Et enfin un antisémitisme
camouflé en antisionisme de la part de cette extrême
gauche. Beaucoup de gens font l’amalgame en Israël.
Un amalgame que vous
refusez ?
Non, pas complètement, car je me demande ce qui
motive cet antisionisme qui ne mène nulle part.
Le peuple juif aura sa patrie. On ne peut pas accepter
que ces 22 000 km2 deviennent un Etat binational.
Avez-vous établi
un dialogue avec cette gauche ?
Personnellement, je n’ai pas commencé à
parler avec ce groupe. Mais je vais prochainement rencontrer
les dirigeants du Parti communiste. En tant qu’ambassadeur,
je dois discuter avec tous les éléments
de la société. Mais il ne faut pas leur
donner trop d’importance. Je préfère
discuter avec les grands courants de la droite et de la
gauche française.
Propos recueillis
par Michaël Hajdenberg