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François Rebsamen :
« Le PS ne croit pas qu’une politique pro-arabe
lui permettrait de récupérer le vote des beurs »

François Rebsamen est l’un des porte-paroles du Parti socialiste. Il est aussi maire de Dijon, ville où se tiendra en mai le prochain congrès du P.S, et secrétaire national aux fédérations.

Plusieurs personnalités juives et non juives de votre parti ont décliné notre invitation à s’exprimer. Existe-t-il une gêne au Parti Socialiste à parler d’Israël ?
Non, je ne le pense pas. Depuis toujours, la gauche française entretient avec Israël des liens d’amitié anciens et historiques, en particulier au Parti socialiste. Sur le conflit du Proche-Orient, la position du PS a toujours été claire : premièrement, la reconnaissance préalable de l’Etat d’Israël et de son droit à la sécurité. Ensuite, parce que cette région du monde doit vivre en paix, aide à la constitution d’un Etat palestinien.
Depuis De Gaulle, les gouvernements qui se sont succédé ont toujours eu à cœur de maintenir des liens d’amitié dans la relation avec le monde arabe. Moi, par contre, je me reconnais bien dans la démarche de Lionel Jospin lors de son voyage en Israël.

Vous récusez les thèses de Pascal Boniface qui défend une analyse pro-arabe du conflit à des fins clientélistes ?
Le PS n’épouse pas des thèses qui laisseraient penser qu’une politique extérieure pro-arabe permettrait de récupérer le vote des immigrés de la deuxième génération, des beurs. Cela serait malsain, et cela serait une erreur funeste car nous entrerions dans une logique communautariste contraire aux principes de la laïcité de la République que nous défendons.

Sur le plan des idées, pensez-vous que le sionisme soit une idéologie honorable et légitime ?
On rentre dans le cœur de l’incompréhension actuelle. Par son histoire et ses valeurs sociale-démocrates, le PS se sent plus proche du Parti Travailliste israélien que du Likoud. Le combat pour la vie que mène l’Etat d’Israël suscite de nombreuses passions. Mais quand le Parti socialiste exprime des critiques ou des désaccords avec la droite israélienne, il le fait dans le respect d’un Etat démocratique, comme lorsque l’on critique Aznar en Espagne. Je note d’ailleurs que d’un côté il y a de la démocratie, et de l’autre - on voit bien toute cette difficulté, un grand handicap du monde arabe à implanter une démocratie à l’occidentale.


Quand le PS critique
israël,
il le fait dans le respect
d'un Etat démocratique


Soutenez-vous la proposition du député P.S. François Zimeray sur la création d’une commission d’enquête parlementaire à Strasbourg pour investiguer l’utilisation des fonds de l’U.E. par l’Autorité Palestinienne à des fins de soutien au terrorisme ?
Je n’ai aucun élément qui me permette de porter un jugement. Les actes de terrorisme commis par des Palestiniens en Israël sont inacceptables. Je regrette la réponse violente qui parfois a pu y être apportée, car d’autres voies politiques auraient pu être explorées – je rejoins là le débat de la gauche israélienne avec le Likoud. Pour autant, je considère que le Hezbollah ou d’autres mouvements de ce genre pratiquent le terrorisme, c’est clair. Avant l’assassinat de Rabin, des collectivités françaises ont aidé des villes palestiniennes dans leur développement urbain. Je n’imagine pas que des aides européennes puissent servir à autre chose. Mais s’il s’avérait nécessaire de vérifier l’utilisation de ces aides, je n’y verrais pas d’objection.

Seriez-vous prêt à vous opposer à un projet d’association entre l’Union européenne et la Syrie, qui ne reconnaît pas l’Etat d’Israël ?
La priorité avec d’autres pays du Proche-Orient sur des projets de coopération dans le cadre de l’Union européenne, c’est la reconnaissance de l’Etat d’Israël. Le projet de coopération avec la Syrie devrait poser cela en préalable.

Que pensez-vous des débordements antisémites qui ont eu lieu en marge des manifestations anti-guerre ? Un drapeau mêlant une croix-gammée et une étoile de David, c’est une prise de position politique ?
Non, je considère que c’est une forme intolérable d’antisémitisme. La gangrène de l’antisémitisme doit être extirpée de partout, au moindre fait, au moindre geste. Rien ne peut justifier cela.

Si des médias arabes (presse, télévision par satellite) contrevenaient aux lois Pleven et Gayssot , pourraient-ils être interdits de diffusion sur le sol français ?
S’il y a des vecteurs médiatiques quels qu’ils soient, qui propagent des idées antisémites, ça ne me gênerait absolument pas d’en demander l’interdiction dans le cadre de l’application de la loi Pleven.

Propos recueillis par Guy-Philippe Goldstein
guyphilippeg@hotmail.com

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