Gilles
Lemaire :
« Le sionisme n’est pas la
bonne solution »
Le 25 février
dernier, au cours du dîner du Crif, Roger Cukierman
dénonce « l’alliance bruns-rouges-verts
». Le secrétaire national des Verts, Gilles
Lemaire, quitte la salle.
Depuis, le malaise ne s’est pas complètement
dissipé.
Pouvez-vous revenir sur les propos
tenus par Roger Cukierman et votre sortie lors du dîner
du Crif ?
Ma sortie n’était pas un acte politique réfléchi.
Je commençais déjà à bouillir,
lorsque M. Cukierman s’en est pris au mouvement
alter-mondialiste. Je suis parti lorsqu’il a parlé
de « l’alliance rouges-bruns-verts ».
Nous avons décidé de ne pas porter plainte
pour ne pas mettre de l’huile sur le feu. Après
cet incident, nous avons été contactés
pour une rencontre, et nous avons reçu une délégation
menée par son président.
Le communiqué Crif/Les
Verts, indique que vous êtes en désaccord
sur la question du boycott des produits comme des universités
israéliens. Vous soutenez donc les deux formes
de boycott ?
Nous n’avons pas de position de principe contre
cette démarche non-violente pour influer sur la
politique d’un Etat. Concernant le boycott universitaire,
je ne connais pas suffisamment la situation en Israël
pour prendre position, ce qui peut paraître étonnant
de la part d’un responsable national. La symbolique
ne me dérange pas, bien que le boycott des universitaires
israéliens, souvent pacifistes, ne me paraisse
pas très utile.
D’où provient cet
attachement militant à la cause palestinienne dans
un parti écologiste français ?
C’est un des terrains de la solidarité Nord-Sud.
Nous sommes moins divisés sur la question que d’autres
partis, donc nous participons à la plupart des
manifestations.
Aurélie Filippetti n’a-t-elle
pas montré qu’on peut être Vert, sioniste
et pro-palestinien ?
Non. Aurélie a exposé des opinions très
personnelles au nom des Verts. Je ne lui reproche pas
de penser ce qu’elle veut, mais qu’elle ne
s’exprime pas en tant que porte-parole. Aujourd’hui
Israël existe, nous ne remettons pas en cause sa
légitimité. Par contre sa nécessité,
c’est autre chose. Je ne crois pas que l’idéologie
sioniste, qui a voulu et veut toujours regrouper tous
les Juifs sur une même terre, soit la bonne solution.
Sioniste et pro-palestinien, ça n’a pas de
sens pour les Verts.
Au
nom du sionisme, un
peuple s’est permis de
transférer, de massacrer
des populations
Au nom du sionisme, un peuple
s’est permis de transférer, de massacrer
des populations, nous ne pouvons pas cautionner cela.
Alors peut-être qu’il existe des sionistes
pour la création d’un Etat palestinien, mais
ce n’est pas pour autant que l’on reprendra
le projet sioniste en notre nom. Nous n’avons pas
à revendiquer une idéologie quelle qu’elle
soit.
Comment pouvez-vous dire cela alors même que vous
soutenez inconditionnellement la cause palestinienne ?
Ce n’est pas un soutien inconditionnel. Nous condamnons
clairement les attentats contre les populations civiles.
Contre les militaires c’est déplorable mais
différent. Je ne suis pas naïf, je suis en
désaccord avec certains mouvements palestiniens.
J’ai également des doutes sur les responsables
de l’OLP. Mais le terrorisme ne nous fera pas renoncer
à la volonté d’autonomie palestinienne
Vous définissez-vous
comme antisioniste ?
Si le sionisme a vocation à appeler au regroupement
de tous les Juifs sur la terre d’Israël, ça
n’est pas ma conception. Je considère que
les Juifs de France sont des citoyens français.
S’ils partaient en Israël, ce serait un appauvrissement
pour la France, et cela déséquilibrerait
la population sur la terre qui doit être partagée
entre Israéliens et Palestiniens. Surtout si ça
se traduit par des colonies de peuplement. Si c’est
ça le sionisme, oui je suis antisioniste.
Propos recueillis
par Benjamin Cohen et Remy Sebbah
bencoh@hotmail.com
remysebbah@yahoo.fr