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Trotskisme et sionisme,
meilleurs ennemis

 

Le combat en faveur des Palestiniens est aujourd’hui au cœur de la pensée trotskiste. Retour sur l’antisionisme des héritiers juifs de Lev Davidovitch Bronstein.

« Dès 1947, j’étais opposé à la création d’Israël. Je pensais que fonder un Etat sur des bases ethniques ou religieuses posait des problèmes. En raison des relations avec les populations arabes y résidant, mais aussi des contradictions internes au peuple juif. » Marcel-Francis Kahn, fondateur de l’Association médicale franco-palestinienne puis de l’association France-Palestine, est l’un des piliers du mouvement pro-palestinien en France. Dès 1949, ce médecin s’est engagé dans les rangs de la gauche trotskiste, « non-socialiste et non-communiste » (voir encadré).
Sa position est caractéristique des relations entre les trotskistes et Israël. Pour Christophe Nick, auteur du livre Les Trotskistes, (Fayard, 2002), ses militants, en vertu d’une « conception marxiste de la société », sont « par définition antisionistes ». « Historiquement, le courant bolchevique pensait que l’émancipation du peuple juif se ferait dans le cadre d’une révolution, celle du prolétariat. »
« Pour les trotskistes, tous les nationalismes, et donc le sionisme, sont réactionnaires », explique Luc Rosenzweig. Ancien journaliste du Monde, il était membre, au début des années 1960, de l’Union des étudiants communistes, rassemblement de contestataires à la ligne stalinienne du PCF. Il y côtoyait des militants d’extrême gauche de tous poils, trotskistes compris.

Les Palestiniens,
symbole des peuples en lutte

« Mais à l’époque, dans ce milieu, il y avait une attitude plutôt tolérante face au sionisme et à Israël », rappelle-t-il. « Le dépérissement de l’idée nationale était un idéal à atteindre, mais le rapport aux Etats-nations existants était une chose à régler personnellement. »
Car le mouvement se heurte aux faits : comment concilier ses idées et la réalité d’un état créé en 1948 ? En critiquant une politique qui éloigne le pays « de l’idéal d’un Etat laïc et commun [aux Israéliens et aux Palestiniens] ».
Depuis la guerre des Six Jours, ces critiques s’axent sur la dénonciation de la « colonisation » des territoires occupés par Israël. Aujourd’hui encore, Marcel-Francis Kahn se dit « frappé des similitudes entre la situation actuelle des colons et de celle des pieds-noirs en Algérie ». Les Palestiniens deviennent le symbole des peuples en lutte, Israël l’archétype du colonisateur.

La Ligue communiste révolutionnaire
est le mouvement le plus actif
dans la lutte pro-palestinienne.

 

« Mur d’incompréhension »
Pourtant, analyse Luc Rosenzweig, « 1967 a été sans aucun doute une rupture » pour de nombreux Juifs militant à l’extrême gauche. Pendant cette guerre, Israël est menacé, et « si la disparition d’Israël paraissait théoriquement juste, elle se révéla insupportable émotionnellement ». Une « schizophrénie » que de nombreux Juifs ont eu beaucoup de mal à assumer. Même si la sortie de l’extrême gauche ne dépend pas seulement de la question israélo-palestinienne, beaucoup se remettent en question dans les années 1970. Certains cherchent les racines intellectuelles et culturelles du judaïsme, palliatif d’un sionisme mal assumé. D’autres militent dans les rangs de la gauche sioniste.
Aujourd’hui, Luc Rosenzweig déplore le « mur d’incompréhension » qui s’est dressé entre sionistes et trotskistes. De cette mouvance, la Ligue communiste révolutionnaire (LCR) est la plus active dans le soutien aux Palestiniens. L’un de ses dirigeants, Christian Piquet, détaille ses positions : la LCR demande « l’application des résolutions 242 et 338 de l’ONU, donc l’évacuation intégrale des territoires », « la reconnaissance d’un Etat palestinien et un partage de souveraineté sur Jérusalem » et la « négociation d’un droit au retour palestinien ».
Des propositions qui ne satisfont pas Serge Gilbert, ancien membre de la LCR. « La solution proposée, celle d’une entente entre les peuples, est très élégante. Mais c’est une solution utopiste, sans réelles propositions pour régler le conflit aujourd’hui. » Et, s’il juge qu’on ne peut pas taxer les trotskistes, « en pointe de la lutte anti-raciste », d’antisémitisme, il s’inquiète « des risques de dérapages, pas assez pris en compte, que ces positions impliquent ». « Aujourd’hui, ceux qui ne réfléchissent pas ont des boucs émissaires tout trouvés. »

En France,
une vingtaine d’organisations
Léon Trotski, créateur de l'Armée rouge, est le théoricien d’une « révolution permanente » et mondiale. Opposant virulent à Staline, qu’il accuse de trahir la révolution en établissant une dictature, il est expulsé d'Union soviétique en 1929. En 1938, il crée la IVe Internationale pour contrer le stalinisme. Il est assassiné au Mexique en 1940. En France, une vingtaine d'organisations se réclame de sa pensée. Pouvoir ouvrier, L'Etincelle, La Riposte ou Carré rouge ne sont pas plus que des groupuscules, mais la Ligue communiste révolutionnaire, Lutte ouvrière et le Parti des travailleurs sont des forces politiques majeures.

Dan Israel
danisrael@caramail.com

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