Portugais
de France:
Le retour au pays, un jour ?
C’est la plus
grande communauté étrangère de France.
Les centaines de milliers de Portugais vivant
en France disposent de structures très puissantes.
Qu’ils soient arrivés dans les années
50 ou qu’ils soient nés en France, ils partagent
une volonté farouche de conserver leur culture
et leur
appartenance. Avec un but simple, qui est parfois un rêve
: rentrer au pays.
La communauté portugaise française est très
discrète. Peu de gestes en direction du grand public,
de rares manifestations à l’attention de
ses voisins. Indicateur pas si simpliste que ça,
le nombre de restaurants portugais dans l’hexagone
est ainsi infime, au regard des 554 000 Français
d’origine portugaise ou Portugais de France. Difficile,
de
l’extérieur, de comprendre la force du sentiment
d’appartenance qui les unit. Chez les Portugais,
le maintien d’une identité forte passe par
d’autres chemins que la vie de quartier, la floraison
de commerces.
En région parisienne, la communauté portugaise
est estimée à 350 000 individus, dont 144
000 à Paris intra-muros. Et s’il n’y
a pas de quartiers portugais à Paris, la communauté
est fortement représentée dans quelques
villes de banlieue : Massy, Champigny, Nogent-sur-Marne,
Villiers-sur-Marne, Saint-Denis, Argenteuil, Gennevilliers…
Les Portugais sont aussi regroupés dans le travail,
puisque, historiquement, ils exercent des métiers
dans les secteurs du bâtiment ou de l’industrie.
On assiste toutefois à une évolution vers
le tertiaire depuis une vingtaine d’années.
En 1990, 30 % des Portugais de France travaillaient dans
le BTP, 24 % dans l’industrie et 45 % dans les services.
Comment les Portugais sont arrivés en France ?
C’est une histoire complexe. Durant le XIXe siècle,
l’émigration populaire est très restreinte
: on ne dénombre que quelques centaines d’arrivants
en France. Beaucoup d’entre eux ont été
recrutés pour l’exposition universelle de
1900. Le XXe siècle inaugure au contraire une période
de flux migratoire, qui culminera au début des
années 70. Cette longue histoire commune est le
signe d’un lien puissant entre les deux pays, qui
relève autant de l’amitié que de la
nécessité.

Les groupes de danses folkloriques : pour affirmer
une identité...
Vie meilleure
De 1891 à 1994, de nombreux artistes et écrivains
issus de l’élite francophile du Portugal
se rendent à Paris en vue de parfaire leur formation
ou de chercher l’inspiration. Néanmoins,
les immigrants restent pour la plupart des hommes et des
femmes cherchant à échapper à la
pauvreté et rêvant d’une vie meilleure.
En 1911, on estime à 1 300 le nombre de Portugais
vivant en France. Cinq ans plus tard, un accord de main
d’œuvre est signé entre la France et
le Portugal : 20 000 hommes viennent travailler dans l’agriculture
et l’industrie. Un lien confirmé par le fait
que le Portugal s’engage aux côtés
des alliés durant le premier conflit mondial.
Après la guerre, beaucoup de Portugais engagés
décident de rester en France. Des compatriotes
les rejoignent et des soldats portugais démobilisés
s’installent dans les régions françaises
où ils ont combattu.
En 1921, ils sont 11 000 à vivre en France. L’émigration
s’accélère. En 1926, Salazar conquiert
le pouvoir par la force. Tout au long de son règne
fasciste, des exilés politiques, socialistes ou
communistes, intellectuels ou déserteurs, fuient
la répression et se réfugient en France.
En 1931, 50 000 Portugais sont recensés. Ils sont
probablement plus nombreux, puisque beaucoup ne possèdent
pas de papiers et ne sont donc pas pris en compte par
les statistiques
officielles.
Ce flux est toutefois contrebalancé par le retour
au pays de nombreux ouvriers. En 1936, les Portugais ne
sont plus que 28 000 en France.
Mais à nouveau, après la Seconde Guerre
mondiale, la France, qui a besoin d’immigrés
pour reconstruire le pays, accueille des Portugais en
masse. Avec les Algériens, ils constituent les
deux plus importants réservoirs de main-d’œuvre
pour la République. Dès lors, et jusque
dans la deuxième moitié des années
soixante-dix, le nombre d’immigrés portugais
ne cesse d’augmenter. Entre 1968 et 1975, leur nombre
passe de 300 000 à 760 000. Mais leur situation
est souvent misérable : beaucoup peuplent les bidonvilles
de Champigny, Saint-Denis, Nanterre ou Aubervilliers.
La plupart fuit un pays qui s’engage dans des guerres
coloniales désastreuses (en Angola, au Mozambique
ou en Guinée-Bissau).

... et conserver un lien avec le pays d’origine,
qui impose encore sa marque dans les esprits.
« Luso-descendants
»
Aujourd’hui, nous sommes loin de ce pic historique.
Depuis quelques années, on observe à nouveau
un phénomène de retour au pays parmi les
« luso-descendants » âgés de
18 à 35 ans. Seuls 16,5 % d’entre eux ont
demandé la nationalité française.
La chute de la dictature de Salazar (« Révolution
des œillets »), combinée à l’essor
économique et à l’adhésion
du Portugal à la Communauté européenne,
a changé la donne. Les jeunes issus de l’immigration
quittent la France, pour retrouver leurs racines, profiter
d’une vie moins chère et vue comme plus agréable.
Ainsi, la communauté portugaise a perdu quelque
100 000 membres depuis 1990.
Produits d’une
acculturation
S’inscrivant dans une logique historique, la majorité
des Portugais de France pensent ainsi vivre une phase
intermédiaire dans leur pays d’accueil. Même
si cette phase se révèle souvent très
longue, ils savent qu’ils rentreront. Ou du moins,
qu’ils essayeront de le faire. Une fois un petit
pécule amassé, ou leurs études accomplies,
le but de la majorité d’entre eux est de
retourner au pays, pour y travailler ou y couler leurs
vieux jours. Difficile donc de parler d’intégration.
Dans la communauté, on est souvent portugais avantd’être
français. On préfère garder sa nationalité
d’origine plutôt que de s’assimiler
définitivement. Pour les parents, l’important
est de transmettre. Pour tous, l’identité
est forte et les mécanismes de reproduction sont
redoutablement
efficaces.
Pourtant, s’ils ont tendance à se voir comme
des Portugais provisoirement installés en France,
les membres des nouvelles générations restent
les produits d’une acculturation. Et les exemples
d’intégration réussie et acceptée
subsistent, tel le footballeur Robert Pires. Nul ne peut
finalement échapper au métissage culturel.
Aucun enfant d’immigré ne peut renier son
double héritage, sa double appartenance.
Marylin
Maïa
| Garder
vivace le sentiment d’appartenance |
|
Pour maintenir les
liens qui les unissent, les Portugais ont développé
de très nombreuses structures associatives.
On ne compte plus les propositions de participation
aux activités de groupes folkloriques, les
fêtes et les excursions qui sont offertes
aux familles désireuses de s’impliquer.
Une revue (Cap Magellan) et une radio (Radio Alfa)
se consacrent aussi exclusivement à la «
lusophonie ».
Les activités sportives sont également
très importantes dans la communauté.
Avec pour fleuron, le club de foot Créteil
Lusitanos, qui joue aujourd’hui en Ligue 2.
Majoritairement composée de Portugais, l’équipe
a vu le jour grâce à une poignée
de passionnés, qui travaillent dans une usine
de meubles à Saint-Maur. En 1966, sous l’appellation
« União desportiva os lusitanos »,
ils fondent le club, qui n’a cessé
de progresser depuis.

Cours
et retours
Les cours de portugais jouent également un
rôle majeur pour forger ce sentiment d’appartenance.
L’initiative revient d’abord à
quelques associations dispersées aux quatre
coins de la France. Puis, en 1975, un accord franco-portugais
permet l’ouverture de classes de portugais,
animées par des instituteurs venus du Portugal.
Au début des années 80, 30 000 enfants
apprennent leur langue d’origine tous les
ans. C’est le nombre le plus important d’enfants
d’immigrés qui le font. Et même
si le gouvernement portugais a réduit de
manière drastique le nombre de ces instituteurs
dans la deuxième moitié des années
80, les associations qui enseignent toujours la
langue ont touché des milliers d’enfants.
Mais surtout, le retour annuel au Portugal reste
quasiment incontournable. Il contribue à
lier les enfants à leur pays d’origine,
les famiiarisant non seulement avec la langue, mais
aussi avec les valeurs et la culture portugaises.
On peut par exemple parler du rapport quasi-obsessionnel
à l’alimentation. Les contacts répétés
avec les grands-parents restés au pays fortifient
aussi le sentiment identitaire. Les premières
générations ont grandi ou nées
dans l’émigration, n’ont en général
pas eu accès à ces voyages. Aujourd’hui
au Portugal, de nombreuses communes se sont adaptées
au phénomène et réorganisent
leur vie socio-économique dans le but d’accueillir
leurs émigrés au cours des mois d’été.
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