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L’histoire du monde en Playmobil

Le défi de Richard Unglik était osé : composer des tableaux à partir de personnages, d'éléments
et de monuments Playmobil. Cinq ans de travail pour un pari gagné. Sa Grand aventure de l'Histoire avec Playmobil est une réussite. Un superbe voyage à travers le temps.

Deux des tableaux que l’on retrouve dans cette histoire de l’homme, revue par les Playmobil : Moïse rapportant au peuple juif les Tables de la loi, et une peinture de Marc Chagall.

«Un matin je me suis réveillé et je me suis dit que j'allais raconter l'histoire du monde. » Richard Unglik n'était pas tombé sur la tête, il avait justement une idée très précise en tête : raconter l'histoire du monde avec… des Playmobil. « Le lendemain, j'ai regardé les catalogues Playmobil. Il y avait encore plus de choses que je ne pensais. » Des légionnaires, des mousquetaires, des Egyptiens… Ce passionné d'histoire, né dans les années 1970 comme les célèbres jouets, commence à imaginer les scènes qu'il pourrait réaliser. « Au cinéma, j'avais déjà eu envie de réaliser de grandes fresques épiques, comme Le soldat Ryan ou Christophe Colomb, explique ce cinéaste de formation. Mais il aurait fallu des moyens considérables. » Là, le défi est tout autre : ni Leonardo di Caprio, ni Gérard Depardieu, mais des figurines et, plus simple qu'un film, un ouvrage pour enfants. L'idée ne suffit pas, le plus dur reste à venir: apprendre à manier les logiciels de photo sur ordinateur, réaliser les premiers tableaux, convaincre Playmobil et trouver un éditeur.

Pas de kilt chez les Playmobil
Une formation informatique plus tard, brouillons en main, il finit par décrocher un rendez-vous avec le patron de la firme allemande. « Non seulement, il m'a autorisé à continuer mon travail, mais il m'a proposé de me fournir autant de personnages que je le désirais. Il ne me restait qu'à trouver un éditeur. » Cela ne lui prend que quelques heures. « Quatre exactement, c'est ma grande fierté. Je suis allé au Salon du Livre jeunesse à Montreuil : le premier éditeur que j'ai rencontré m'a dit de ne plus chercher. » Unglik peut passer à l'acte.
La préhistoire, l'Egypte ancienne, la Grèce, l'Empire romain, les croisades, la découverte de l'Amérique, les deux guerres mondiales... Pendant cinq ans, Richard Unglick s'attelle à la réalisation de tableaux-photos historiques. Problème : certaines pages de l'histoire ne peuvent être traitées ; tous les personnages n'existent pas dans l'univers Playmobil. Tous les pays non plus. « Il n' y a pas de kilt par exemple. Je ne pouvais donc en aucun cas faire allusion aux Ecossais », regrette Richard Unglik. Il compose donc avec les figurines dont il dispose, les habille avec les moyens du bord, et les place dans son studio photo d’un mètre. Il insère la photo du personnage sur ordinateur dans le décor de la scène historique. « Lorsqu'il y a plusieurs personnages, comme pour la prise de la Bastille, je dois prendre chaque figurine en photo séparément, avant de les réunir sur ordinateur. »
Chaque détail est minutieusement étudié. Et Richard Unglik ne se prive pas d'y ajouter des petits clins d'œil. « J'ai fait ma propre reproduction de la Cène de Leonard de Vinci : si vous regardez attentivement, vous remarquerez que tous les personnages ont la tête couverte. Il me paraissait impensable qu'un soir de Pessah, les hommes ne portent pas de kippa!, s'amuse-t-il. De même, le petit ange qui jette des étoiles dans le coin à droite, ne jette pas n'importe quelles étoiles… » Le jeune créateur a glissé nombre de références au judaïsme dans son ouvrage, privilégiant Chagall à Picasso, ou Freud à Lacan. Ainsi, dans sa représentation du cabinet de Freud, un tableau fait figurer un petit rabbin, référence à l'oncle du psychanalyste. Pourtant, impossible de trouver un rabbin Playmobil dans le commerce. Richard Unglik a dû ruser : « Prenez un chapeau noir de gangster, une perruque de femme, deux couettes, une barbe, une cape de Zorro et un livre. Assemblez le tout, vous obtenez un Playmobil rabbin. C'est un enfant qui m’a donné l’idée… devant le Mur des Lamentations.»

Cécile Lévy
La Grand aventure de l’Histoire avec Playmobil, Casterman, 19,95 euros.

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