CRIF
et AIPAC :
deux représentations,
une incompréhension
CRIF
: Conseil représentatif des institutions juives
de France. AIPAC : American Israel Public Affairs
Committee. Derrière ces sigles, deux visions
très différentes de la représentation
juive politique.
«Lobby juif ». En France,
l'expression fait peur, suscite les fantasmes. Pas aux
Etats-Unis où l'AIPAC, le lobby juif, est un lobby
parmi d'autres. Fort de 65 000 membres, il s'attache à faire
passer des messages sur les campus américains
comme auprès des membres du Congrès, dans
un seul but : renforcer l'alliance entre Israël
et les Etats-Unis.
Si un jour il vous arrive de vous promener sur un campus
américain, vous remarquerez peut-être des
petites pancartes portant l'inscription « Merci
aux inventeurs israéliens pour avoir inventé MSN » ou
bien de plus grandes affiches d'information sur la conférence « Pourquoi
dois-je défendre Israël ? » Ces multiples
actions sont le fruit de deux ou trois étudiants
extrêmement bien encadrés par l'AIPAC, recevant
tous les quinze jours un rapport sur les relations entre
Israël et les Etats-Unis, et ayant accès à des
séminaires de formation sur le conflit du Proche-Orient.
En France aussi, le CRIF rencontre des députés,
organise des voyages en Israël pour que les hommes
politiques connaissent mieux le pays. Sur le plan national,
il est le représentant politique juif unique,
chargé des relations non cultuelles avec les différents
représentants politiques, et ne s'occupe pas uniquement
des relations avec Israël. Mais son action, sans être
cachée, est plus discrète. Ou tout simplement
moins efficace, faute de moyens humains et financiers.
Dès lors, l'AIPAC a tendance à vouloir
exporter ses méthodes. Comme si les Américains
doutaient des capacités des organisations juives
de France et voulaient imposer un lobbying pro-sioniste
plus incisif. Cette participation, qui se traduit par
des conseils, des formations et des soutiens financiers,
ne manque pas de provoquer quelques grincements de dents.
En juin 2004, l'ambassadeur d'Israël en France mettait
ainsi en garde dans une missive le ministre des Affaires étrangères
israélien, contre les conséquences potentiellement
négatives que pourrait avoir l'action de groupes
juifs américains cherchant à influencer
la politique française. Le CRIF n'hésite
pas non plus à exprimer publiquement la même
inquiétude. Si bien qu'il n'a pas été convié à la
conférence annuelle de l'AIPAC, à la différence
de l'UPJF.
Benjamin Gafsou, avec Rachel Sberro