GAZA: L’enjeu démographique
Le
désengagement israélien de la bande
de Gaza souhaité par Ariel Sharon doit être
interprété à l'aune des questions
démographiques.

Gaza.
L’évacuation de ce territoire par Israël
répond aussi à des préoccupations
démographiques.
La
problématique géopolitique liée à l'issue
démographique s'est placée au sommet de
l'échelle des préoccupations de l'Etat
hébreu. Ses dirigeants se voient désormais
obligés de traiter un dilemme jusqu'ici méconnu,
voire occulté. Occulté car il entraîne
avec lui toute une série d'interrogations à caractère
ethnique au cœur d'une démocratie qui se
veut ouverte et accessible par tous. Or, lorsqu'il est
question de démographie, il est aisé de
tomber dans un discours considéré comme
raciste et par conséquent intolérable.
Les partisans de la solution démographique se
retrouvent dans les deux camps. Arafat, depuis toujours,
prônait un autre type de guerre contre les sionistes,
qui serait menée par les femmes palestiniennes
avec leurs ventres. Quant au camp israélien, ce
sont les ténors de l'extrême droite qui évoquent
sans vergogne l'idée d'un transfert des Palestiniens
vers la Jordanie.
En janvier 2004, Arnon Sofer, professeur à l'Université de
Haïfa, s'est adressé au Premier ministre
Ariel Sharon au sujet d'une séparation nécessaire
entre Israéliens et Palestiniens et ce pour des
raisons purement démographiques, séparation
sans laquelle on verrait, selon lui, « l'avènement
d'une majorité arabe entre le Jourdain et la Méditerranée ».
En Israël, vivent 6 millions d'individus dont 81%
sont juifs . Les territoires gérés par
l'Autorité palestiniennes comptent 4 millions
d'individus. Sofer dépeint dans son ouvrage Israël,
démographie 2003-2020, une réalité qui
semble s'attaquer principalement à l'objectif
premier du sionisme politique, qui entendait fonder un
Etat à majorité juive. D'après ses
estimations, la faible majorité juive, forte de
5 millions d'âmes, deviendra minoritaire avant
2020. Le danger est donc la disparition de la réalisation
sioniste par excellence, dans un premier temps, et des
valeurs démocratiques et humanistes qui rythment
la vie des citoyens de l'Etat hébreu, dans un
second.
Les estimations de Sofer prévoient à l'horizon
2020 une population israélienne de 15 millions
d'individus dont 40% seraient juifs si l'Etat d'Israël
poursuit son contrôle sur les territoires palestiniens
de Gaza et de Judée-Samarie. Avec le retrait israélien
de ces territoires, les Juifs représenteraient
68% de la population israélienne, d'après
ses évaluations.
La population arabe entre le Jourdain et la Méditerranée
croît cinq fois plus vite que la population juive,
confortant ici la différence majeure qui persiste
entre une société juive occidentalisée,
au cœur de laquelle le taux de natalité n'a
cessé de diminuer et une société arabe
qui s'inscrit dans une dynamique sociétale tiers-mondiste.
Question
prioritaire
En 2003, le colonel Khadafi évoquait l'éventuelle
entrée de l'Etat d'Israël dans la Ligue arabe.
Il ne s'agissait pas de comprendre que la Libye accepta
la légitimité d'un Etat juif dans la région
: le terroriste reconverti en homme d'Etat respectable
envisageait la disparition d'une majorité juive
en Israël et par conséquent l'avènement
d'un Etat arabe d'Israël.
Dans cette optique, il est plus facile de comprendre
les grandes lignes de la politique menée par Ariel
Sharon sur deux fronts principaux : celui de l'immigration
et celui de l'évacuation de la bande de Gaza.
En juillet dernier, le Premier ministre appelait les
Juifs de France « à rejoindre leurs frères
en Israël ». Il faut replacer cet appel maladroit
au sein d'une politique démographique qui a pour
objectif principal d'enrayer l'avènement d'une
majorité arabe en Israël. Le second objectif
défendu par l'administration Sharon est le retrait
de la Bande de Gaza, qui libèrerait Israël
de la gestion de plus d'un million et demi de Palestiniens.
Or, et c'est ce qui reste le plus singulier, ce retrait
qui renforcerait une majorité juive en Israël
est violemment attaqué par la droite nationaliste
israélienne, épaulée par les mouvements
religieux, ceux-là même qui n'ont assurément
aucun intérêt à devenir une minorité sur
la terre de leurs ancêtres.
Dans ce bric-à-brac géopolitique, l'issue
démographique s'affirme sinon comme la priorité n°1
des futurs négociateurs, du moins comme l'une
des questions incontournables qu'il faudra traiter en
vue d'un règlement pacifique et juste du conflit.
Benjamin Issembert